Harun Farocki, La diva aux lunettes in: Trafic 55, automne 2005, p. 62-69

Après ses premiers films, Fassbinder abandonna les plans-séquences, et chercha des occasions de mettre en scène le regard porté ou reçu - des instants où le regard en vérité ne peut ajouter grandchose aux mots, mais se risque tout de même. De tels instants étaient chargés d'un puissant pathos, pour lequel on pardonnait à Fassbinder le fait que ses films refusaient tant de choses. Il y avait bien dans ses films de la violance et du sexe, mais leur représentations ne devait pas produire du plaisir et n'en produisait pas. Plus que de représentations, il s'agissait de signes pour meurtre et copulation. Qu'avec de tels films Fassbinder devînt une star internationale, ce n'était guère probable - aussi improbable que de voir entrer au hit-parade une chanteuse pop portant des lunettes. (Harun Farocki)